La désertification médicale à Sevran : mythe ou réalité ?

           

            La diminution du numérus clausus imposé aux étudiants de première année de médecine depuis plus de trente ans a contribué à la diminution drastique du nombre de médecins en France, avec une forte majorité des médecins âgés de plus de 50 ans (un médecin sur trois a plus de 60 ans et 47% des médecins ont plus de 55 ans). Pour les médecins qui voudraient prendre leur retraite, il n’y a quasiment aucun espoir de trouver un médecin remplaçant pour assurer la continuité de leur patientèle. Les patients doivent donc se tourner vers les médecins restants qui sont de plus en plus rares à accepter de nouveaux patients. Cela devient problématique pour l’avenir à moyen terme. A long terme, au moins 10 ans, le numérus clausus ayant été enfin été augmenté l’année dernière et la durée des études médicales étant d’au moins dix ans, la situation devrait s’améliorer. En attendant, que faire pour combler le manque d’anticipation des projets santé divers et variés, que l’on nous a imposés au niveau national depuis quinze ans ?

 

            Il faut savoir que la Seine Saint Denis, département socialement défavorisé, est particulièrement touchée par de faibles densités médicales, et se situe en presqu’en permanence en queue de peloton pour le nombre de médecins généralistes ou spécialistes, des dentistes ou d’infirmières, par habitant. La densité médicale diminue sous l’effet cumulé de la baisse des effectifs de médecins libéraux et de l’augmentation de la population. Parallèlement, il faut noter que si les densités médicales varient d’une région à l’autre, d’un département à l’autre, d’une commune à l’autre, elles varient aussi fortement d’un quartier à l’autre. Sevran n’échappe nullement à ce constat.

 

            Dans son dernier atlas régional, le Conseil de l’Ordre des Médecins présente une typologie des espaces franciliens, croisant densité et mesure de l’attractivité en termes d’offres en généralistes. On y voit clairement qu’une grande partie de la Seine Saint Denis, pourtant zone dense urbanisée, apparaît comme une zone défavorisée, Sevran étant largement intégré dans cette zone sous-médicalisée.

 

            Sevran a perdu 14 médecins généralistes en trois ans, avec plusieurs nouveaux départs à la retraite annoncés dans les deux à trois prochaines années. La ville compte à ce jour 27 médecins généralistes (dont un médecin homéopathe, un autre allergologue et deux angiologues, ce qui fait 23 médecins généralistes à proprement parler au total). Il y en avait encore 40 en 2016 et plus de 50 en 1992. Le Centre Municipal de Santé ne parvient pas à absorber ce déficit de médecins généralistes, dans la mesure où ce centre semble dépourvu de dynamisme et vient de connaître lui aussi le départ de deux médecins généralistes. Cette aberration doit cesser et il faut donc redonner à Sevran une vraie politique de santé dynamique et anticipatrice basée à la fois sur le renforcement des capacités du CMS et sur la mise en place d’un partenariat avec les structures hospitalières environnantes, et notamment le CHU Avicennes qui forme les futurs médecins, et avec les professionnels libéraux de la ville, pour établir ensemble une politique d’avenir à Sevran.

 

            L’étude de la démographie et de la structure médicale en Seine Saint Denis montre une très nette féminisation de la profession (46%) et une grande prépondérance de l’activité salariée au détriment de l’activité libérale. En effet, nombre de jeunes médecins préfèrent une qualité de vie et privilégient leur vie de famille aux heures de travail non comptées qu’impose souvent l’activité libérale. Le choix du lieu d’installation professionnelle, notamment en ville, dépend particulièrement de l’environnement, la sécurité, l’attractivité économique et les infrastructures qu’offre la ville retenue. L’insécurité, l’isolement en cabinet, la surcharge de travail et un cadre de vie dégradé sont les principaux freins à l’installation.

 

            Sevran souffre d’une image d’une ville défavorisée, peu sûre et ne donnant aucune envie de venir s’y installer. Et pourtant… Les besoins en matière de soins, notamment en soins de ville ne cessent de s’y accroître en vertu :

  • De l’augmentation générale de la population

  • De la précarité d’une partie de la population

  • De la transition épidémiologique (augmentation de l’incidence et de la prévalence des maladies chroniques qui nécessitent plus de suivi et de recours aux soins)

  • Du virage ambulatoire (hospitalisation de jour, chirurgie ambulatoire avec retour au domicile très rapide…) préconisé pour un meilleur confort du patient mais aussi et peut-être surtout pour des raisons d’efficience budgétaire

 

            L’augmentation de la démographie programmée dans le projet Grand Paris va aggraver cette situation de décalage flagrant entre le nombre de professionnels de santé installés à Sevran et l’accroissement important de la population à venir.

Lorsque l’on voit ce qui se passe déjà à ce jour sur le quartier Westinghouse avec ses nouvelles constructions, sans nouvelles infrastructures scolaires, routières ou économico-commerciales, sans anticipation sur le plan de la santé, on peut raisonnablement et légitimement s’inquiéter pour l’avenir des patients à Sevran si rien n’est fait pour arrêter immédiatement cette dégradation massive programmée.

Il convient en outre d’envisager la Santé dans une perspective plus élargie. En effet  tout au long de la vie, l’état de santé se structure et se caractérise par des interactions complexes entre plusieurs facteurs désignés comme les « déterminants de la santé », tels que les facteurs en relation avec le style de vie personnel (comportements à risques, hygiène, alimentation, activité physique…), les facteurs liés à l’environnement et à l’intégration sociale (soutiens, interactions sociales ou isolement…), les facteurs liés au conditions de vie et de travail (conditions de logement, accès aux services et aux commerces, accès à l’éducation…) et les facteurs liés aux conditions socio-économiques, culturelles et environnementales.

            C’est pourquoi, il est urgent d’envisager le domaine de la santé en lien avec les autres secteurs de la politique de ville pour améliorer la qualité de vie des habitants et donc de diminuer les impacts néfastes sur la santé à terme, d’un logement indigne, de l’absence de travail, d’une fatalité d’isolement social, d’une dégradation de son cadre de vie, d’une impossibilité à asseoir un bien être psychique au travers de l’accessibilité à la culture et aux activités de loisirs... Sevran se doit de retrouver bien-être physique et psychique afin de limiter les inégalités sociales, qui ont des effets négatifs certains sur la santé de la population. La prévention, l’éducation à la santé, le secteur social, l’accès au droit, l’accompagnement vers le soin doivent permettre de réduire les besoins en matière de santé. L’intégration d’une dimension sociale des besoins et des inégales capacités financières de Sevran à faire face aux besoins mérite d’être prise en compte en urgence et en priorité. Cette action viendra renforcer d’autant plus et étayer le Contrat Local de Santé que la municipalité a signé avec l’ARS, la préfecture et la CPAM.

 

            A Sevran, il existe un dispositif fiscal bénéficiant aux médecins exerçant en zone sous-dotée, dans le cadre d’une exonération dégressive de l’impôt sur le revenu et d’exonération de la taxe professionnelle pour une durée de cinq ans, essentiellement situé sur le quartier des Beaudottes, notamment dans la zone d’activité Bernard Vergnaud. Cela explique la forte densité médicale et paramédicale dans ce secteur. Il faut insister par exemple sur le nombre d’infirmier(e)s dans ces secteurs : 43 parmi les 64 infirmier(e)s installés sur Sevran. La zone franche a certes facilité l’installation de professionnels de santé libéraux à Sevran mais le reste de la ville demeure particulièrement touché par une faible densité médicale. L’impact des dispositifs fiscaux sur la résorption des inégalités territoriales d’accès aux soins pourra être améliorée si la nature des territoires sur lesquels ils s’opèrent est étendue aux zones sous-dotées en offre sanitaire. Une extension de la zone franche à une plus grande partie de la ville de Sevran doit être étudiée. Les chiffres de la cartographie jointe sont suffisamment parlants et invitent à une réflexion urgente sur la ville, afin d’endiguer l’enclavement de certains quartiers comme celui des Sablons par exemple.

 

            Nombre de jeunes médecins plébiscitent l’exercice regroupé et multi-professionnel, car il permet de rompre avec l’isolement, de faciliter les échanges, d’améliorer les conditions d’exercice et du cadre de travail, de mutualiser les charges et les investissements en équipements médicaux et d’organiser les temps de travail et de congés, permettant un maintien de la qualité de vie des professionnels de santé. Il faut donc penser véritablement au développement de telles structures à Sevran au travers de la création de nouvelles maisons de santé pluriprofessionnelles, respectant la nouvelle vision de la médecine des jeunes diplômés, et réparties dans des quartiers particulièrement défavorisés en offre médicale, où les patients pourront connaître un parcours de soins plus fluide et une amplitude horaire d’accès aux soins plus étendue. La création de ces structures doit être, soutenue par l’ARS, promulguée par la ville de Sevran au travers de la création de nouveaux bâtiments adaptés ou la transformation d’anciens bâtiments, en réfléchissant d’ores et déjà à la facilité d’accès à ces structures médicales pour tous (véhicule personnel, transports en commun ou navettes communales gratuites) et de stationnement au niveau des ces maisons médicales.

           

            En travaillant sur l’image de la ville et son attractivité (économico-commerciale, éducative, environnementale, maintien de la sécurité…) les professionnels de santé auront moins de frein réel à venir s’installer sur Sevran. Vaste travail de reconstruction de la ville et par là même de remise en confiance des médecins à venir. Cette action propre à Sevran donnera plus de poids également à tous les programmes, instaurés depuis quelques années à l’échelon national, de lutte contre la désertification médicale, mais qui manifestement n’obtiennent pas encore les résultats escomptés. C’est au travers d’initiatives propres à notre collectivité territoriale que nous parviendrons à enrayer sur Sevran la diminution de la densité médicale et l’attractivité de notre territoire (si les effectifs des professionnels de santé augmentent, le territoire est considéré comme attractif).

Cartographie des professionnels de santé de la ville de Sevran

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